En réponse à la tribune dont est tirée cette phrase, intitulée le Président sans peuple, Libertas a souhaité en rédiger une, parallèlement, en guise de réponse ou plutôt de complément.
Parce que l’Europe est sans peuples aussi.
Elle aussi agit en circuit fermé, sans les peuples, sans les voir, sans leur demander leur avis, sans écouter ce qu’ils disent, sans se soucier des conséquences sur eux de ses décisions. L’Europe sans peuple c’est celle qui méprise les décisions prises par le peuple quand il s’exprime. Celle qui fait revoter les peuples qui lui disent « non » jusqu’à ce qu’ils disent « oui ». On l’a vu avec l’Irlande en 2001, on le revit encore avec l’Irlande en 2009. Pourquoi est-ce toujours l’Irlande ? Parce que l’Irlande est le seul pays où tout changement apporté aux traités de l’Union européenne exige d’ajouter un amendement à la constitution irlandaise, toujours effectué par la voie d’un référendum, avant d’être ratifié par l’Etat. Traité de Nice en 2001, et rebelote avec le traité de Lisbonne. Le peuple dit non le 12 juin 2008, l’Europe va les faire revoter fin 2009. L’Europe sans peuple c’est aussi celle qui fait revoter en douce ce que le peuple a rejeté. En 2005 les Français disent Non à la Constitution européenne par référendum. Rien de plus démocratique. En 2008 le Président nouvellement élu, Nicolas Sarkozy, fait ratifier et adopter le Traité de Lisbonne, copié-collé de la Constitution. Ce que rejette le peuple, le Congrès le vote. La première décision du Président de la République est de piétiner une décision prise par le peuple qui l’a élu.
Mais l’Europe sans peuple, ce ne sont pas simplement des peuples ignorés ou méprisés. C’est également un système de fonctionnement qui tourne à vide, sans les peuples. Ainsi dans les institutions européennes, ce ne sont pas les instances élues qui dirigent, mais les commissaires européens, nommés. La Parlement européen aujourd’hui, n’est qu’un secrétariat particulier de la Commission de Bruxelles. C’est bien la Commission de Bruxelles qui bénéficie du monopole de l’initiative des lois. Bruxelles monopolise et centralise, le Parlement devise et révise. Si le Parlement européen est un pantin de la Commission, le Parlement français en est fantôme : 80% des lois votées en France sont de simples transcriptions des directives européennes.
L’Europe sans peuple c’est celle qui s’évertue à uniformiser, lisser et niveler, celle qui étouffe les disparités des peuples, ignorant que de la différence, naît l’enrichissement.
Celle qui voit dans les spécificités gastronomiques de graves atteintes à l’hygiénisme. Vin rosé en France, Bretzel en Allemagne, Orangeade en Italie, derrière ces différents exemples, la même volonté de casser les traditions populaires et les spécificités nationales. Et ces exemples ne sont pas que des détails. Les enjeux sont réels, en danger ce sont des milliers d’emplois et des filières d’excellence ainsi menacés par des réglementations absurdes ou tatillonnes, voire les deux.
Enfin, l’Europe sans peuple c’est celle qui obéit à de nouveaux maîtres. Les lobbies ont pignon sur rue à Strasbourg comme à Bruxelles. Ce sont les lobbies qui tirent les ficelles et parviennent à s’imposer, en toute transparence, le lobbying étant une pratique reconnue et institutionnalisée. A tel point qu’on estime à environ 3000 le nombre de lobbys, et à 10 000 les personnes qui font du lobbying d’une manière ou d’une autre à Bruxelles. Groupe d’intérêts et groupes de pression, influencer le législateur européen est un métier qui ne connaît pas la crise, et dont le marché est lucratif.
La démocratie, selon la formule bien connue de Lincoln, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Force est de constater que l’Europe est aujourd’hui sans peuples…