Patrice GRIHAULT-FRANCISQUE,

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L'éditorial de Claude Imbert - Accélérations
Claude Imbert
 
    * Cet emballement démentiel des flux de crédit fait penser à divers processus d'accélération qui électrisent notre monde globalisé. Et d'abord à celui qui les domine tous : la prolifération humaine.
    * Une accélération foudroyante : la fourmilière humaine sera passée, en un seul siècle, d'un milliard et demi d'humains à plus de six milliards aujourd'hui. Et, dit-on, à sept, huit milliards dans moins de vingt ans. Une perspective largement évitée par les pronostiqueurs : le soupçon de malthusianisme les inhibe, qui violente le « droit sacralisé de la vie ». Peu de penseurs oseraient dire comme Bergson : « Si on ne rationalise pas la production humaine, nous aurons des guerres. Si nous laissons faire Vénus, elle nous amènera Mars... »
    * La limitation étatique des naissances n'est guère pratiquée que par la Chine ou Singapour. Quant au contrôle personnel des naissances dans les pays développés, ou en voie de l'être, il génère en effet, ici et là, une réduction spectaculaire. C'est cette tendance qui fascine aujourd'hui les démographes. Elle fait taire les malthusiens qui, déjà, avaient sous-estimé la capacité de l'agriculture « industrielle » à nourrir une population croissante. Ce déclin d'une natalité expansive (ainsi dans le Sud européen, ou au Maghreb) fait enfin entrevoir, après une croissance exponentielle, la baisse de l'effectif humain global. Mais voilà ! Ce retournement décisif ne devrait pas intervenir... avant la fin du siècle. Et, d'ici là, c'est encore la prolifération humaine qui pèsera sur notre destin.
    * D'abord, elle accroît la vulnérabilité écologique, l'effet de serre, les pollutions humaines de toute nature dont l'accélération inquiète. Elle alimente des compétitions aiguës pour l'accès à l'eau et aux énergies fossiles. Elle accentue les déséquilibres entre offre et demande des principales denrées alimentaires.
    * Mais, plus que tout, elle recompose le peuplement planétaire. L'Europe pique du nez, où les seniors de plus de 65 ans excèdent les jeunes de moins de 15 ans. Seule une immigration massive maintiendra l'Europe à flot. En revanche, l'Inde, l'Afrique-qui aura doublé en trente ans-s'envolent. Conséquence : une déferlante de migrations nationales ou internationales. Et plusieurs centaines de millions d'« écoréfugiés » et de réfugiés climatiques...
    * En somme, la pression inéluctable de masses prolifiques sur des eldorados en déclin démographique ne laissera qu'une alternative aux conflits : un vaste métissage progressif mais fatal que l'Occident devra assumer, régler, voire encourager. Il chamboulera, comme un séisme, le paysage humain de la planète.
    * D'ores et déjà, une évolution capitale est amorcée : celle de l'urbanisation accélérée du monde. Depuis notre année 2008, la moitié de l'humanité vit dans des villes. Nous n'avons, en Europe, qu'une lointaine idée de ce bouleversement : car nos villes croissent faiblement, stagnent, voire déclinent. Les campagnes conservent, chez nous, une agriculture active. Pour nos urbains sevrés d'espace et de temps, elles entretiennent les aménités d'une nature bienveillante. Et même, ces temps-ci, la crise fait reverdir, dans le désir citadin, l'herbe fraîche, la randonnée agreste et les pissenlits...
    * Non, le vrai bouleversement est ailleurs ! Il est dans les pays pauvres, où, estime l'Onu, la population urbaine-dont les deux tiers en Asie-devrait doubler d'ici à 2050. En Afrique, le dérèglement climatique, l'anémie des cultures vivrières, les conflits et... l'illusion des faméliques ont, en vingt ans, précipité vers un archipel de métropoles nouvelles des masses en détresse. A Luanda, par exemple, vit... la moitié de la population de l'Angola. Et la moitié de la population urbaine de l'Afrique vit, en bidonvilles, sous le seuil de pauvreté (1).
    * Ces accélérations, ces mouvements browniens de la fourmilière humaine où perce la hantise entropique du chaos demanderaient une maîtrise globale. Elle n'est pas pour demain. Pour le siècle qui s'ouvre, « l'optimisme trop affiché confine à l'imbécillité probable (2)». On se réjouira néanmoins sans réserves que l'Europe ait pu, sous le rare dynamisme de son président provisoire Sarkozy, donner le branle à une prochaine concertation mondiale pour contenir l'anarchie financière.
    * Mais quant au reste-qui est immense !-il faut espérer d'un monde multipolaire une sagesse fort peu répandue. Beaucoup dépendra du duopole qui se profile : celui des Etats-Unis et de la Chine. Les voici, peu à peu, chefs de file du Nord et du Sud dans un monde en plein déboulé
Rapport de l'Onu cité par Le Monde du 24 octobre 2008. 2. Galbraith.

 "Si on ne se décide pas très vite à responsabiliser les populations et à prendre en main la natalité mondiale, en nous positionnant dans une dimension globale de sauvetage de notre planète, nous courrons vers notre propre fin. Tant du point de vue des ressources que de l'air ou du réchauffement climatique ; mais également pour notre propre sécurité : guerre, chômage... "

Limiter les naissances pour limiter les conflits car ce n'est pas la planète qui risque de disparaître, c'est l'être humain."