Patrice GRIHAULT-FRANCISQUE,

Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité, Justice...Citoyen relève la tête, ouvre les yeux!

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1ère partie - Chapitre 1
1ère partie - Chapitre 2
1ère partie - Chapitre 3
1ère partie - Chapitre 4
1ère partie - Chapitre 5
1ère partie - Chapitre 6
1ère partie - Chapitre 7
1ère partie - Chapitre 8
1ère partie - Chapitre 9
2ème partie - Chapitre 1
2ème partie - Chapitre 2
2ème partie - Chapitre 3
2ème partie - Chapitre 4
2ème partie - Chapitre 5
2ème partie - Chapitre 6
2ème partie - Chapitre 7
2ème partie - Chapitre 8
2ème partie - Chapitre 9
2ème partie - Chapitre 10
2ème partie - Chapitre 11
Conclusion
Chapitre VII

Où l'on démontre que les Arabes et leurs sciences ont peu contribué au développement de l'Occident.


Le lendemain :
- Bon. Par où commencer? Par le plus direct : selon nos liquidateurs la civilisation européenne, en particulier dans le domaine scientifique, doit énormément aux Arabes.

- Mais je croyais que pour eux les races ça n'existait pas !

- Ah, bon début ! En effet, pourquoi tant insister sur l'apport des Arabes et puis stigmatiser en même temps ceux qui parlent de "races"? Encore un exemple des contradictions du politiquement correct exemple dont tu avais été la première à t'étonner au commencement de nos entretiens. Quoi qu'il en soit, la réalité est assez différente : la science occidentale ne doit rien ou pas grand-chose aux Arabes, mais c’est, au contraire, la science arabe qui doit tout à l'Europe.

- Maintenant, d’accord. Mais pas au Moyen-âge.

- Si. Au Moyen-âge ou maintenant, c’est pareil.

- Pourtant, ce sont bien les manuscrits des auteurs arabes que s’arrachaient les Européens de cette époque, parce que les Arabes étaient autrement plus en avance qu’eux dans le domaine scientifique, non ?

- Mais, ma chère petite, ces manuscrits en arabe, pour les plus prestigieux d’entre eux, ni les Arabes ni les musulmans n’en n’étaient les auteurs.
Les auteurs en étaient des penseurs grecs, savants, philosophes et mathématiciens : Aristote, Platon, Hippocrate, Galien, Euclide, Dioscoride et d’autres, traduits en arabe.
Or les Grecs, que je sache, étaient bien des Européens pur jus et pas des Arabes ni des musulmans.
Là, non plus tes professeurs ne t’ont pas mise au courant?

Tu te concentres un moment avant de reprendre la parole :
- En y réfléchissant, je crois qu’on nous le dit mais en passant, sans insister, comme si c’était plus glorieux d’avoir traduit ou transmis une œuvre que de l’avoir créée.

- Bravo d’avoir trouvé ça toute seule.
Oui, on fait comme si traduire et transmettre était plus glorieux que créer.
On essaie, ainsi, d'occulter carrément le rôle fondamental, originel et original, de la pensée grecque au profit de celui des Arabes.
On fait passer à l’as que cet héritage culturel occidental pur jus a été déterminant pour le développement de la civilisation arabo-musulmane elle-même avant de l’être, à nouveau, pour la nôtre.

– Au moins les Arabes ont eu quand même le mérite d’avoir traduit ces grands auteurs grecs et de nous avoir transmis un héritage culturel que les Européens avaient perdu de vue, non?

- Même si cet héritage s’était un peu effacé pour des raisons sur lesquelles je reviendrai, les Européens, contrairement à ce que l’on veut faire croire aujourd’hui, en avaient gardé le souvenir et l’appétit.
En tous cas, non, ce ne sont pas, non plus, les Arabes ni les musulmans qui ont traduit ces auteurs mais des… chrétiens. Des Chrétiens d’Occident qui les ont traduits en langue latine et des Chrétiens d’Orient qui le sont traduits en langue arabe.
Et ça je suis sûre que personne ne te l’a enseigné.

- Personne, non.

- C’est bien ce que je pensais. Parce que si tu le soulignes, tu fiches en l’air l’idée du formidable appétit que sont censés avoir eu, bien avant les Européens, les Arabes musulmans pour les sciences.

- Ces Chrétiens étaient des Arabes ?

- Sûrement pas les Chrétiens d’Occident, tous européens.
Pour les Chrétiens d’Orient : oui et Non. C'est assez difficile à dire.
C’étaient essentiellement des Syriaques, populations de la Syrie sédentarisées depuis des lustres qui ne parlaient pas l’arabe, mais couramment le grec et le syriaque, langue proche de l'araméen, et qui étaient de culture gréco-latine. D’ailleurs les Arabes ayant fait souche dans ces pays après la conquête ne les considéraient pas du tout comme des Arabes.

- Tu dis qu’ils ne parlaient pas l’arabe. Alors comment ont-ils traduit les auteurs grecs dans cette langue ?

- L’arabe n’était pour eux ni langue maternelle ni langue culturelle mais beaucoup le connaissaient parfaitement et étaient capables de le parler. Un peu d’histoire pour t’éclairer :
Quand les tribus d’Arabie, ont quitté leur désert pour soumettre à l’islam une planète qui ne leur avait strictement rien fait, elles n’étaient composées que de bédouins ignares. Ils se sont trouvés immédiatement confrontés à deux des civilisations les plus brillantes, les plus évoluées du monde à cette époque : la byzantine et la perse.
La première était chrétienne, de langue grecque et de culture gréco-latine.
L'empire byzantin se déployait autour de Grèce jusqu'au Proche-Orient.
Quant à la Perse, de religion zoroastrienne, elle abritait de nombreux Chrétiens nestoriens et des Syriaques païens, savants et philosophes de l’école d’Athènes.
Tous avaient fui l'empire byzantin, les premiers parce que jugés hérétiques et les seconds parce que restés païens.
Le contact avec ces civilisations qu’ils ne pouvaient s’empêcher de trouver supérieures a, au début, stimulé la curiosité d’un petit nombre parmi les conquérants arabo-musulmans.
Pour percer le secret de cette supériorité ou tout simplement par appétit de connaissances, certains ont voulu se mettre à l’école des maîtres de notre culture antique, à nous Européens.
Pour cela ils ont fait appel à des traducteurs, non pas de culture arabe, ni musulmane mais issus de ces civilisations conquises, à savoir parfois, païens, mais le plus souvent chrétiens, syriaques et nestoriens.
 Les Arabes musulmans n’ont jamais traduit les textes de l’Antiquité grecque pour la bonne raison qu’ils ont dédaigné apprendre la langue des vaincus.

- Pourquoi ?

- Par mépris pour les vaincus, j’imagine, et parce qu’ils estimaient posséder la langue des langues : celle, sacrée, supérieure à toutes les autres, du coran.
En revanche, les élites chrétiennes, elles, se sont mises très vite à l’arabe.
Ces textes ont donc été traduits par elles du grec au syriaque et du syriaque à l’arabe (en passant parfois, j’imagine, par le persan).
Voilà pour les auteurs et les traducteurs.

- Donc si je résume : ni les Arabes ni les musulmans ne sont les auteurs ni les traducteurs des plus prestigieux manuscrits qui circulaient en langue arabe, mais des Grecs pour les premiers et des Syriaques chrétiens ou païens pour les seconds.

- Exactement. Poursuivons.
Une fois cette gigantesque entreprise de traduction achevée par, donc, des Chrétiens de culture gréco-latine, les manuscrits, copiés et recopiés ont commencé à circuler à travers l’empire arabo-musulman par les routes commerciales qui le sillonnaient et sont arrivés jusqu’au terminus occidental de l’empire, à savoir l’Espagne.
Là les Chrétiens de la péninsule ont pu se les procurer facilement, les conserver dans des monastères, en particulier à Tolède, et de là les faire circuler, traduits en latin, dans les pays européens voisins.
 Mais les monastères de Tolède conservaient depuis fort longtemps des manuscrits grecs qu'ils traduisaient en latin.

- Pourquoi en latin ?

- Mais malheureuse ! Parce que le latin, à cette époque, était la langue des élites européennes, tu ne savais pas ça ?

- Si, si. J’avais oublié! Mais alors pourquoi ce prestige des Arabes au Moyen-âge?

- Parce que ces manuscrits étaient écrits en arabe sans référence aucune, le plus souvent, à leurs auteurs grecs, exception faite pour Aristote, trop célèbre pour que l’on passât son nom sous silence, ni à leurs traducteurs chrétiens. Beaucoup d’Européens ont donc cru que des Arabes en étaient les auteurs, d’autant qu’ils entrelardaient ces écrits de formules coraniques et de louanges à Allah.
D’où la légende de la science arabe à laquelle nous devrions notre développement. À quoi, il faut ajouter, j'imagine, une sorte de phénomène de mode.

- Un peu comme aujourd'hui l’islam pour certains devient à la mode parce qu’ils croient naïvement que l'islam est une religion pacifique et tolérante?

- Voilà, oui. Pourquoi voudrait-on que les Européens du Moyen-âge aient été moins crédules, moins gogos que ceux d'aujourd'hui?
 
- Mais ces manuscrits, est-ce que d’autres pays que l’Europe, l’Inde ou la Chine par exemple, ont pu les acquérir ?

Cette question inattendue qui m’a paru, sur le moment, sans grand intérêt m’a prise au dépourvu.
- Euh… non, je ne crois pas. Non.

- Pourquoi ? Les routes commerciales et les marchands arabes n’allaient pas jusqu’en Extrême-Orient ?

- Si, si, ai-je dit en me ravisant.
Soudain, je commençais à percevoir ce que ton interrogation avait d’intéressant.

- Alors pourquoi les Indiens et les Chinois n’ont pas acquis de ces fameux manuscrits arabes, eux ?

- Écoute, c’est curieux : j’ai l’impression que, sans le vouloir, tu a mis le doigt sur un détail apparemment insignifiant et qui pourrait bien être décisif pour démolir la légende d’une Europe totalement oublieuse de la culture grecque uniquement redécouverte grâce aux Arabes.

- Ah ?

- Eh bien oui. Il me semble que si la Chine et l’Inde n’ont pas acquis ces précieux manuscrits, c’est que, tout bêtement, la culture et la pensée grecques n'intéressaient pas ces pays.

- Alors qu’elles intéressaient l’Europe. Mais pourquoi elle et pas eux ?

- Eh bien voilà, nous y sommes et poser cette question est presque déjà y répondre tant la réponse est évidente : les Chinois et les Indiens ne s’intéressaient pas à ces manuscrits parce qu’ils ne se reconnaissaient pas du tout dans cette culture grecque.
Elle leur était restée ou devenue totalement étrangère.
Inversement, si les Européens s’y sont intéressés à ce point c’est que leur inconscient, leur mémoire collective gardaient le souvenir prestigieux de cette culture héritée de l'empire romain auquel ils avaient appartenu, et qu’ils y reconnaissaient donc un héritage familier. Cqfd.
D’ailleurs un peu partout en Europe, de Tolède au mont Saint Michel, d'Irlande à la Sicile, les monastères avaient conservé précieusement des manuscrits d’auteurs grecs qu’ils traduisaient en latin et recopiaient. Sans oublier les marchands vénitiens et génois qui commerçaient avec Byzance, et rapportaient dans leurs bagages, de cette capitale orientale de l'empire romain, de culture et de langue grecques, de précieux manuscrits.

- Mais alors pourquoi se tourner vers les manuscrite arabes ?

- Et pourquoi pas ? Quand la demande est forte, elle ne va pas cracher sur une offre abondante et variée. Et puis comme je te l’ai dit, les Arabes à l’époque avaient la cote et pas seulement parce qu’on les croyait plus ou moins auteurs de leurs manuscrits ou traducteurs des Grecs, mais parce que, convertis à l’islam, ils avaient fondé un empire immense, fabuleusement riche et que, à l’intérieur de cet empire, s’était développée une civilisation particulièrement brillante. Ils fascinaient.
On leur faisait confiance. Tu as dû apprendre ça au collège.

- Pour ça, oui ! Et plutôt deux fois qu’une ! Il s’agit de la civilisation arabo-musulmane.

- Exactement.

- Mais puisque cette civilisation est appelée arabo-musulmane, c’est bien que ses caractéristiques venaient des Arabes et de l’islam ?

- Pour la richesse économique peut-être, mais pour le reste pas vraiment.

Je te vois secouer la tête, l’air de penser que là encore je vais trop loin.

- Ce qui fait la richesse d’une nation ou d’un empire c’est souvent le commerce. Or il se trouve que les principales routes commerciales du monde, à l'époque, passaient par cet empire arabo-musulman.
Elles étaient sous le contrôle des autorités musulmanes et les marchands musulmans, principalement arabes, ou juifs au service de patrons arabes, avaient le quasi monopole du commerce des produits les plus précieux de ce temps-là : la soie et les épices. D’où la richesse économique de l’empire.
En revanche la production de la plupart des biens culturels, et matériels aussi d’ailleurs, sont à mettre au compte des populations conquises qui n’étaient pas arabes et ont mis du temps à devenir majoritairement musulmanes.
Or, je le répète, ces populations appartenaient depuis des lustres aux civilisations les plus brillantes et les plus développées de la planète.
On pourrait dire que la supériorité de la civilisation arabo-musulmane a été plus conjoncturelle que structurelle.

Tu prends un air surpris :
- Averroès était bien arabe ?

- Non, espagnol d’origine berbère.
Et Ibn Khaldoun était berbère.
Et je n’ose pas te dire ce que ce dernier écrivait des Arabes.
 Même le pire raciste aujourd’hui n’oserait pas aller aussi loin.

- Et Avicenne ?

- Persan.
 Comme Omar Khayam.
Et Khwarzimi, censé avoir inventé l’algèbre : ouzbek.
Quant à Al Farabi, il était afghan.

- Mais ils étaient musulmans ?

- Oui, mais la religion n’a rien à voir avec leurs œuvres, au contraire.
L’islam, peuple et autorités religieuses confondus, a toujours haï les sciences profanes, leurs savants et les philosophes, et a toujours persécuté ces derniers, à commencer par Averroès.
Philosophe était une injure. Ils n’échappaient aux persécutions que grâce à la faveur capricieuse, aléatoire, de quelque calife ou émir, toujours prompts à les lâcher pour regagner les faveurs de la rue musulmane.
Créditer l’islam des avancées scientifiques qu’a connues le monde arabo-musulman au début du Moyen-âge c’est comme si l'on créditait le christianisme des découvertes de Copernic ou de Galilée.

- Alors qu’est-ce qui explique un tel malentendu ?

- Il se comprend assez facilement : l’empire par ses conquérants, ses chefs et leur religion était indubitablement arabo-musulman.
Mais ce qui a contribué au malentendu, s’agissant non pas de l’empire mais de la civilisation arabo-musulmane, c’est que les autorités ont très vite imposé l’arabe comme langue officielle de l’empire.
Peu à peu tout le monde s’y est mis et a adopté des noms arabes, à commencer par ceux  qui voulaient faire carrière, et tout ce qui s’écrivait d’important devait être obligatoirement écrit en arabe.
Ainsi, par exemple, un des plus illustres savants, professeur et traducteur, de l’époque, médecin personnel du calife, Hunay Ishaq Al ibadi, était chrétien.
C’est lui, surnommé « le prince des traducteurs » qui, entouré de savants chrétiens, a dirigé à Bagdad la fameuse Maison de la sagesse.
Par contre, comme il portait un nom arabe, très vite, l’histoire a oublié qu’il était chrétien.
C’est essentiellement par la langue que cette civilisation était arabe et c’est en opposition à l’islam que sa science s’est développée.

- Donc, si je comprends bien la civilisation arabo-musulmane doit peu aux Arabes proprement dits et rien à l’islam ?

- Oui. Tu as retrouvé toute seule, sans le vouloir, la formule célèbre mais oubliée de ce très grand esprit que fut Ernest Renan, oublié, hélas, lui aussi, de ta génération.

- Pourtant j’entends souvent dire que le début de notre Moyen-âge correspond à l’âge d’or de l’islam.

- Si âge d’or il y a eu, c’est au moment où l’islam était encore balbutiant, les musulmans peu nombreux ou convertis de fraîche date et les esprits encore réceptifs à l’influence de la pensée grecque.
Ce n’est donc sûrement pas à l’islam, encore une fois, que l’empire dit arabo-musulman doit son âge d’or.

- J’ai aussi entendu dire qu’un verset du Coran exhorte les musulmans à chercher la science.

- Le mot du coran traduit par « Science » signifie uniquement « savoir religieux ». D’ailleurs il a la même racine que le mot arabe qui désigne les autorités en matière de religion, à savoir les « ulémas ».

- Mais il y a bien eu quand même, grâce aux Grecs peut-être, mais n’empêche, de grands savants et de grands philosophes à l’intérieur de cet empire, alors qu’à la même époque l’Europe occidentale n’en avait aucun.

- Oui. Tant que l’islam a été mal assuré, mal implanté, et que les musulmans trop peu nombreux et mal préparés par leur culture tribale à administrer à eux seuls les vastes territoires de l’empire, ont été obligés de s’appuyer sur l’élite, restée chrétienne ou parsie, des populations conquises, l’esprit émancipateur de la Grèce antique a pu continuer à souffler sur quelques intelligences brillantes et les féconder.
Mais au fur et à mesure que l’islam se consolidait et que le nombre de musulmans progressait, cet esprit émancipateur avait de plus en plus de mal à se répandre.
Une fois l’islam devenu tout puissant il a totalement disparu et la culture grecque a sombré dans un oubli complet entraînant avec elle le monde arabo-musulman dans un déclin irréversible jusqu’à la situation désastreuse où on le voit aujourd’hui.
Contrairement à la société européenne chrétienne, autorités religieuses comprises, la société musulmane a toujours rejeté la culture de la Grèce antique.
Ceux qui s’en sont nourris et ont produit des œuvres dignes d’intérêt, n’ont été qu’une minuscule exception le plus souvent, comme je te l’ai dit, persécutée. C’est dérisoire comparé aux milliers de penseurs, de savants et d’inventeurs pour la même durée de temps chez nous, Européens d’Occident, à partir de la Renaissance.
Et puis leur apport personnel, si intéressant qu’il ait pu être souvent, est loin d’être aussi déterminant que celui des penseurs grecs. Par rapport à ces derniers, leurs avancées, hormis en optique, sont relativement peu importantes. En bref et pour faire simple : sans Aristote pas d’Averroès mais l’inverse n’est pas vrai.
On peut se passer de lire le second mais pas le premier.
Des siècles avant, saint Augustin et beaucoup plus tard, saint Anselme, n’avaient pas eu besoin d’Averroès pour réfléchir sur les rapports de la foi et de la raison, mais seulement d’Aristote.
De plus Averroès, à peine connu de ses congénères de son vivant, a sombré dans l’oubli sitôt mort et n’aura chez lui aucune postérité.
C’est l’Occident chrétien qui va sauver sa mémoire, ainsi que celle d'Avicenne, et faire fructifier pendant quelques siècles son héritage.

- Mais pourquoi l’Europe chrétienne n’a-t-elle pas produit, à la même époque, des penseurs et des savants de cet acabit ? C’est la preuve que nous étions quand même très arriérés par rapport à la civilisation arabo-musulmane, non ?

- Sans doute, bien que nous l’étions bien moins qu’on veut le faire croire aujourd’hui.
De fait, à l’époque, l’Europe occidentale avait d’autres chats à fouetter.
Elle devait faire face à d’incessantes invasions barbares qui la ravageaient, les princes héritiers se faisaient la guerre, l’insécurité était telle que le commerce, principale source de richesse avait complètement périclité.
Et surtout elle avait perdu tout contact avec sa partie orientale.

- Pourquoi ?

- Parce que c’était par la Méditerranée que se faisait depuis toujours ce contact. Or les arabo-musulmans avaient réussi également à s’emparer du monopole de la navigation en Méditerranée.
Aucun pays autre qu’arabo-musulman ne pouvait s’y risquer sans dommages, à l’exception des marins génois et vénitiens.
Pendant donc des siècles, l’Occident chrétien a été coupé du berceau d’une moitié de sa culture, la grecque, l’autre étant latine.
Il était normal que le souvenir de la première se fût quelque peu effacé.
Quant aux manuscrits des grands auteurs grecs, nombreux étaient ceux, en arabe, que faisaient circuler les Arabes, maîtres du commerce, entre l’Orient et l’Occident.
Mais, comme je te l’ai déjà fait remarquer grâce à ta question pas si naïve que ça, cette culture n’avait jamais disparu de la mémoire et de l’inconscient collectif des Européens chrétiens, et la soif qu’ils avaient d’elle était restée vivace.
C’est la raison pour laquelle ils se rabattaient sur les manuscrits arabes plus faciles à se procurer, surtout par l'Espagne, que ceux dans la langue originale des auteurs.
Et puis en 1453, va avoir lieu un évènement décisif qui va tout bouleverser et que tu dois connaître.

- La prise de Constantinople par les Turcs ?

- Oui, c’est ça.
Les Turcs musulmans ont donné le coup de grâce à l’empire chrétien d’orient en s’emparant de sa capitale, Constantinople, qui était le dernier bastion à s’opposer à la progression de l’islam dans ces régions.
Du coup, nombre de moines et de lettrés gréco-chrétiens vont s’enfuir vers l’Occident pour échapper aux persécutions des Turcs.
Ils emportaient dans leur fuite le bagage le plus précieux qui fût : des manuscrits grecs qui contenaient le texte original exact, en grec, des grands auteurs de la pensée antique.

- Désormais les Européens n’avaient plus besoin des Arabes, alors ?

- Non, plus du tout.
Ils avaient accès directement aux originaux et s’apercevaient d’ailleurs que les manuscrits arabes fourmillaient d’erreurs grossières.
En effet, les multiples traductions : du grec au syriaque, du syriaque à l’arabe et de l’arabe au latin, ne pouvaient qu’altérer le sens du texte original.
Pire : certains passages jugés non compatibles avec l’islam en avaient été supprimés.
Toujours est-il qu’à partir de cette date où l’on fait commencer la période dite de la « Renaissance », l’esprit de la Grèce antique, comme il avait fécondé à ses débuts le monde arabo-musulman, féconda l’Europe occidentale et y suscita, tel un véritable big bang intellectuel, un essor culturel, scientifique et technologique sans précédent ni commune mesure avec ce qui s’était passée au Moyen-âge dans l’empire arabo-musulman, essor qui dure encore cinq siècles après.
Il n’est pas excessif de parler de « miracle grec », tant l’impulsion donnée par cette pensée a été déterminante pour notre civilisation et quelques autres. On t'a parlé au collège, du "miracle grec "?

- Non, ça ne me dit rien.

- Le contraire m'eût étonnée.
Cette expression très banale de mon temps, on n'ose plus l'employer aujourd’hui de peur de vexer l’Afrique ou les Papous.
Bref, il faudrait des centaines de mains pour compter nos savants et nos penseurs.
En conclusion je dirai que l’Occident, comme le monde arabo-musulman, doit l’essentiel de son essor à la Grèce antique, mais l’Occident reconnaît sa dette avec gratitude et l’a fait fructifier alors que le monde arabo-musulman a refusé de la reconnaître et a fait comme si elle n’avait jamais existé.
Il s’est même complètement désintéressé du meilleur de cette période.
Ce sont les occidentaux liquidateurs de l’identité européenne et française qui, depuis 50 ans, l’ont remis à l’honneur.
Du coup même nos zyvas qui n’ont strictement rien à cirer de l’art, de la philosophie et de la science, qui s’en tapent comme de leur première tournante, sont trop heureux de se faire mousser avec cet héritage qui, à leurs yeux, les dispense de faire leurs preuves dans le monde actuel.

- Oui, je sais. A les entendre on leur aurait volé la science.

- C’est assez comique.
Comme si la science, au lieu d’être dans les livres, dans la cervelle de tout un chacun, était une potion magique, une martingale secrète dont on les aurait privés une fois pour toutes en la leur volant!
Cette conception montre bien à quel point ils ne connaissent rien à la démarche scientifique.
D'ailleurs on a beaucoup dit dans ma jeunesse que le Japon avait tout piqué à la science occidentale dont il s'était approprié les techniques industrielles, ce qui était assez vrai à l'époque.
Les occidentaux n'ont jamais, pour autant, considéré que les Japonais avaient une dette imprescriptible à leur égard et qu'il leur faudrait l'honorer d'une façon ou d'une autre.

- Mais les autorités religieuses du christianisme ont persécuté les savants comme Galilée et même Darwin ?

- Certes, mais ils n’étaient pas ennemis de la philosophie, celle de l’Antiquité par exemple, comme les mollahs de l'islam.
Les maîtres du christianisme débutant qu’on appelle, les Pères de l’Eglise, étaient tous férus d’Aristote et de Platon et n'ont jamais fait brûler de bibliothèques.
D’ailleurs certains très grands savants européens de la Renaissance sont des religieux, comme Roger Bacon et George Berkeley.
En Europe l’esprit émancipateur de la pensée antique a fini par être plus fort que la religion, alors que pour le malheur des musulmans, ainsi que le disait Renan, c’est la religion qui a triomphé de cet esprit émancipateur.

- Bon. Après avoir cru pour un peu que si on admettait que 2 et 2 font 4, on le devait aux Arabes, Je sens que tu vas me démontrer que les Arabes n’ont même pas inventé l’Algèbre.

- Non, en effet.

- Je me disais aussi …

- Comprends-moi bien : Ce que je veux c’est que DANS TOUS CES DOMAINES TU ENTENDES, au moins une fois dans ta vie, UN AUTRE SON DE CLOCHE. Certains historiens et non des moindres pensent que les mathématiques doivent, en effet, très peu aux Arabes.
D’ailleurs, pour en revenir à celui qui est censé avoir inventé l’algèbre, Khwarzimi, il n’est pas arabe.

- Mais il était musulman.

- Oui. Chiite. Peu importe.
 L’important est de savoir que l’invention déterminante vient du Grec, Diophante. C’est lui qui a trouvé le concept du calcul à une inconnue.
Plus exactement l'algèbre est une invention gréco-indienne vulgarisée en langue arabe sous un nom arabe par Khwarizmi, grand mathématicien au demeurant, qui était un musulman hérétique d'origine ouzbek.

- Et naturellement, les chiffres arabes n’ont pas été, non plus, inventés par les arabes, avances-tu avec une moue et un sourire en coin.

- Inutile d’ironiser, tu ne crois pas si bien dire.
Désolée pour ces pauvre Arabes, mais non : les chiffres arabes et le zéro aussi sont…indiens.
On les croit inventés par les Arabes parce que ce sont eux qui les ont ramenés d’Inde avec les soieries et les épices et qu’ils seront les premiers à les utiliser puis à les répandre en dehors de ce pays.
Les savants arabo-musulmans ont été surtout des compilateurs et des vulgarisateurs de travaux et de découvertes grecques et indiennes.
Ce n'est pas leur faire injure de dire cela car c’est loin d’être négligeable.

Tu demandes alors, l’air faussement inquiet :
- Et ton prochain scoop, c’est quoi ? Que Mahomet était chinois ?

- Ah, lui il ne fait aucun doute qu’il était arabe même s’il n’était peut-être pas musulman.

- ?…

- Oui, rappelle-toi de ce que je t’ai dit sur la distinction que l’on veut faire entre islamisme et islam.

- Que si cette distinction est valable, alors Mahomet qui s’est comporté en islamiste n’est pas musulman.

- CQFD. Félicitations. Je vois que tu retiens de mieux en mieux les leçons.
Mais attention GROSS BLASPHEME !
Au fait : tu as dit "scoops", mais ce ne sont pas des scoops, ou seulement pour ta génération. Ces vérités avaient parfaitement cours aux époques précédentes.
Les collabos d’aujourd’hui, plutôt que de les réfuter explicitement, ce qui les auraient fait connaître, ont choisi de les passer sous silence et de les remplacer subrepticement par leur version de l’histoire présentée comme une affaire entendue depuis toujours.
L’ignorance des Français sur ces sujets faisant le reste, cette version nouvelle est en passe de devenir une vérité officielle.

- N'empêche que plein de mots français sont d'origine arabe, non ?

- Plein, pas vraiment.
Oui, il y en a un certain nombre dans la mesure où l'arabe étant devenue la langue du commerce, toutes sortes de produits et d'inventions, arabes ou non, inconnus, à l'époque, de l'Occident, circulaient sous des noms arabes.
Enfin, pour en revenir à notre point de départ, tu peux voir que les Arabes n’ont pas gracieusement transmis à l’Occident l’héritage, purement occidental, de la pensée antique comme pour en faire bénéficier par pure bonté d’âme leurs frères humains.
Ils y auraient même plutôt fait obstacle.
Ce sont les Européens qui ont toujours pris l’initiative de faire la démarche pour se procurer cet héritage qui était exclusivement le leur et ce sont les chrétiens d’Orient, réfugiés en Occident qui, fuyant les persécutions des arabes musulmans, nous ont rapporté, ainsi que je te l'ai appris, et même bien avant la chute définitive de Byzance, les manuscrits qui contenaient le texte original en grec des grands auteurs de l’antiquité.
Alors dire que l’on doit leur redécouverte aux Arabes est pour le moins un raccourci des plus discutables.

- Oui. C'est comme si on disait qu’il faudrait être reconnaissants aux blancs d’avoir été esclavagistes puisque c’est à l’esclavage que l’on doit la musique noire !

- Très juste.
Et puis franchement, regarde : l’Inde, la Chine malgré la désastreuse parenthèse communiste, et l’Extrême-Orient, qui ont connu aussi de grandes civilisations, renouent avec les qualités et les recettes qui ont fait leur grandeur passée et connaissent aujourd’hui un développement considérable, confirmant ainsi que cette grandeur de jadis, ils la devaient bien à eux-mêmes.
Or les Arabes dont on connaît l’immense orgueil, rêvent, plus que tout autre peuple au monde, de prouver leur supériorité.
Pourtant ils se montrent, malgré la richesse procurée par le pétrole, dramatiquement incapables du moindre décollement économique et leur activité culturelle est quasi inexistante.
Est-ce qu’il n’y aurait pas là comme la présomption que la grandeur de leur civilisation ne leur devait pas grand-chose?
Impossible qu’ils aient dégénéré : l’idée de « race dégénérée » est raciste, donc fausse.
Alors que reste-t-il, comme explication ?

- La culture. Oui, je sais. Mais puisque les Arabes et les Persans étaient musulmans, donc de même culture, pourquoi les seconds ont-il été plus performants que les premiers, alors ?

- Parce que, en Perse, comme en Inde et ailleurs dans ce qu’il a été convenu d’appeler le croissant fertile, l’islam s’est greffé sur une vieille civilisation sédentaire extraordinairement brillante.
Elle ne s’est pas islamisée en profondeur du jour au lendemain.
Il a fallu quelques siècles pendant lesquels les Persans, même ceux convertis à l’islam (d’ailleurs souvent par opportunisme) ont gardé une marge de manœuvre intellectuelle.
Par contre les Arabes n’ont pas eu cette chance.
L’islam, religion sortie du désert, d’un cerveau de bédouin analphabète, était faite pour les bédouins.
C’est pourquoi la mayonnaise islamique a pris très vite dans les tribus arabes dont la culture adaptée aux terribles contraintes d’un milieu particulièrement hostile, ne pouvait être que sommaire et limitée.
En somme pour résumer, je ne dirai pas que le rôle des Arabes a été négligeable. Ils ont, en particulier par leurs vulgarisations, contribué au développement des sciences au Moyen-âge mais leur rôle dans l'essor de l'Occident n'a pas été déterminant.
Celui-ci se serait développé de la même façon sans eux et s'est d'ailleurs développé, pour l'essentiel, sans eux.
Bien. Je crois avoir fait le tour, aussi brièvement que possible, de la question. Ce sera assez pour aujourd’hui.
Nous en avons fini avec les prétendues dettes que nous aurions vis-à-vis des Arabes, bobards qui ne servent qu’à nous faire accepter sans broncher l’invasion de notre pays par des millions de musulmans.

A demain...