Chapitre II
Où l'on continue à remettre les pendules de la colonisation à l'heure de vérité ainsi que celles de la contre-colonisation revancharde de notre pays, et où l'on démontre que la loi du talion qui sert de justification à celle-ci devrait se retourner à notre avantage.
Le lendemain, c'est moi qui ai repris la parole :
- Je disais donc que je ne voyais pas en quoi le paternalisme colonial plutôt civilisateur d’hier serait considéré comme pire que le fraternalisme autodestructeur et sadique d’aujourd’hui.
- Parce que le premier était pratiqué par des étrangers. Tu l'as déjà dit.
- Eh bien oui ! Affirmer qu'il vaut mieux être maltraité par ses semblables, ses "frères", plutôt que mieux traité par des étrangers et que dès lors il convient de se débarrasser de ceux-ci par tous les moyens, y compris les plus atroces, comme cela s'est produit en Algérie, je ne connais pas d'argument plus xénophobe que celui-là ! Tu peux tourner et retourner le problème dans tous les sens. Or c'est le principal argument, sinon le seul, avancé par les indépendantistes et les anticolonisateurs. Pourquoi pas ? Mais alors pourquoi les mêmes qui condamnent ce colonialisme d’hier, louent, au nom du Métissage, de la Diversité (ce slogan d’épicier) et de la tolérance, la contrecolonisation d’aujourd’hui imposée à notre pays par des peuples, étrangers eux aussi, et dont l'apport civilisationnel est bien plus discutable que ne fut le nôtre, pour ne pas dire nul ? Oui, je sais tu vas encore dire que je me répète, que je te donne le tournis à pointer toutes ces incohérences. Mais c’est que, vois-tu, il faut que tu t’habitues à affronter ce tournis, faute de sombrer dans la paresse intellectuelle de l’époque, celle par exemple, entre parenthèses, des acteurs de cinéma que tu admires tant. Normal, c’est de ton âge. J’espère que ça te passera vite.
Tu te rebiffes :
- Pourquoi seraient-il plus débiles que les autres ?
- Parce que dans cette profession on n’a nul besoin ni de savoir ni de culture pour réussir, d’autant que les acteurs actuels sont de plus en plus des fils à papa dont la carrière est toute tracée et que, d’ailleurs, ils ne ratent jamais l’occasion de se flatter publiquement d’avoir été des cancres à l’école, je ne sais pas si tu l’as remarqué.
- Peut-être. Maintenant que tu le dis…
- Mais cette paresse intellectuelle est aussi celle des journalistes censés nous informer et même, hélas, de plus en plus, celle du corps enseignant : tout ce beau monde s’est mis une fois pour toutes sur des rails qu’il ne veut plus quitter et ne se laisse plus interpeller par rien d’autre que ce qu’il voit et entend à l’intérieur de son fourgon sans fenêtres. Quant à ses indignations morales, elles sont toujours, comme par hasard, de celles qui favorisent la carrière de ses membres. Cette paresse intellectuelle de faiseurs d’opinion qui ont, de plus, perdu la boussole du bon sens et de la sagesse populaires, facilite toutes les intox et tous les lavages de cerveau. Bref, pour revenir à la colonisation française, moi, du racisme comme ça, j’en veux bien tous les jours. Plaise au ciel que celui que nous allons devoir inévitablement subir de nos néo-français soit de la même farine ! Si j’étais sûre qu’une fois notre pays soumis à leur loi, ils se contentassent à notre égard de ce paternalisme constructif que nous avons témoigné à leurs ancêtres, je serais rassurée sur notre avenir, mais, hélas, j'en doute fort. A propos, tu as lu l’Etranger de Camus ?
- Oui.
- Tu te souviens de l’histoire ?
- Oui, assez. Un Français d’Algérie est condamné à mort pour avoir tué un Arabe.
- Exact. Condamné à mort, en Algérie coloniale, pour avoir tué, en état de quasi insolation et dans un réflexe de peur animale, un Arabe, lequel s’était montré vaguement agressif quelques moments plus tôt. Est-ce que tu te rends compte de ce que ça veut dire ?
- Que la justice coloniale n’a pas retenu de circonstances atténuantes à ce Français meurtrier d’un Arabe et l’a condamné à mort…
- Exactement. Et qu’est-ce que ça prouve ?
- Que l’Algérie française n’était pas si raciste que ça ?
- Bingo ! CQFD.
- Oui mais ce n’est qu’un roman.
- D’accord, mais ce roman a été célébré comme un chef-d’œuvre partout dans le monde et partout dans le monde, on le lit encore aujourd’hui. Tu crois que si l’Algérie française avait été réputée pour son racisme cette condamnation à mort aurait été crédible une seconde ? Or personne, de quelque bord politique qu’il fût, n’a critiqué ce détail du livre. De plus son auteur était un homme de gauche qui a été un des premiers à dénoncer les injustices dont étaient victimes les Algériens. Il n'était pas du genre à embellir la réalité coloniale. Là encore, CQFD.
- Donc, il y a bien eu des injustices pendant la colonisation.
- Ah, mais je ne le nie pas. Tu connais beaucoup de pays exempts d'injustices ? Tiens : tu sais que j’ai vécu quelques années en Algérie au lendemain de l’indépendance ?
- Oui, je sais.
- Eh bien, à l'époque, la population ne haïssait pas le moins du monde la France, ni les Français, ni encore moins les Pieds-Noirs, au grand ébahissement et souvent à la grande déception des coopérants de gauche débarquant, imprégnés de leurs certitude simplistes. Comment expliquer, alors que 50 ans plus tard, chez nous, les jeunes d’origine maghrébine nous haïssent à ce point, si ce n’est par la faute de cette propagande anti française que les liquidateurs de notre pays diffusent à jets continus et qui ne cesse de rouvrir des plaies qui ne demandaient qu’à se fermer et à jeter du sel dessus ?
- Oui, mais on a démoli leur identité à ces pays colonisés, surtout en Algérie.
- Faux, archi faux. C’est d’ailleurs parce qu’on n’a pas touché à cette identité, ou très peu, que l’Algérie indépendante, pour se démarquer de la période coloniale, a cru bon de se lancer dans une surenchère identitaire qui a produit l’islamisme sanguinaire des années 90. Tu as entendu parler du père De Foucauld ?
- Non.
- C’était un de ces religieux chrétiens magnifiques qui avait choisi de vivre retiré dans le désert algérien et de se dévouer aux populations locales, lesquelles le considéraient comme un saint. Or, le père de Foucauld, lui-même, n’a pas fait une seule conversion. Sais-tu qu’à l’époque de la guerre d’Algérie, les intellectuels favorables aux peuples en lutte, pères spirituels ou biologiques de nos immigrationnistes « xénagogues », reprochaient à la France d’avoir laissé les indigènes en proie à l’islam et à ses traditions afin, soutenaient-ils, de mieux dominer une population abrutie par cette religion ?
- Mais !… ils étaient islamophobes, alors ?
- Bien sûr ! A l’époque nos intellos progressistes ne se gênaient pas, en effet, pour traiter l’islam de religion obscurantiste et rétrograde. Il n'y a qu'à lire la presse de l'époque. Comme quoi : vérité d’hier égale erreur d’aujourd’hui et, sans doute, de nouveau, vérité de demain et, à coup sûr, gourance d’après demain, comme dirait Pascal. Et inversement, et ainsi de suite. Voilà ce qu’il conviendrait de constater avec le recul que donne la longévité individuelle moderne. De quoi sérieusement relativiser toutes les idéologies, à commencer par celle du… relativisme culturel. Oui, je sais, ça aussi, je l’ai déjà dit.
- Pascal… euh…
- Non, non ! Pas Pascal Sevran. Pascal le grand penseur français du 17ème siècle.
- Ah… Et c’est quoi un… xénagogue ?
- Tu sais ce qu’est un démagogue ?
- Oui : celui qui, par intérêt, flatte le peuple et lui dit ce que celui-ci a envie d’entendre.
- Bravo ! Eh bien un xénagogue, de « xénos », « étranger » en grec, est celui qui, par intérêt, flatte l’étranger et lui dit ce que celui-ci a envie d’entendre.
- J’ai souvent entendu le mot « démagogue » mais jamais le mot « xénagogue ».
- Et pour cause : pas plus que les démagogues ne s’avouent démagogues, les xénagogues ne s’avouent xénagogues. Or, ils sont au pouvoir, un pouvoir qu’ils exercent dictatorialement par l’intermédiaire de médias aux ordres. C’est la raison pour laquelle tu n’entendras jamais l’expression. Et pour une autre raison encore…
- Ah ? Et laquelle ?
- Je viens d’inventer le mot.
Tu ris :
- En effet, c’est une bonne raison.
- Pour en revenir à la colonisation, le problème, en fin de comptes, n'est pas de savoir si elle est bonne ou mauvaise. Le problème est, comme toujours, la falsification de l'histoire au détriment de la France, en l'occurrence par omission. Est-ce que tu te rappelles ce que je t'ai dit sur l'Espagne et sur l'Algérie ? C’est très important.
- Oui : que les Arabes musulmans ont colonisé l'Espagne, comme les Français ont colonisé l'Algérie et que l'Algérie française a été à l'Algérie musulmane ce que l'Espagne musulmane avait été à l'Espagne chrétienne. D’où, de deux choses l’une : soit on applaudit à la colonisation de l’Espagne par les Arabes musulmans mais alors on applaudit aussi à la colonisation de l’Afrique par la France, soit on condamne la colonisation de l’Afrique par la France mais, alors on condamne aussi celle de l’Espagne par les Arabes
- Bravo ! Argument rigoureusement imparable !
- Oui, mais peut-être, après tout, que cette colonisation de l’Espagne par les Arabes musulmans a été une réussite ?
- Peut-être, mais essaie d’insinuer la même chose sur la colonisation française, ou même seulement d’avancer, preuves à l’appui, qu’elle a pu avoir des aspects positifs et pour un peu nos liquidateurs t’accuseraient de faire l’apologie de crime contre l’humanité. Comme tu peux à nouveau le constater : deux poids, deux mesures inadmissibles dont le but est de noircir notre pays pour que nous en ayons honte. Cette observation sur la similitude entre la colonisation arabo-musulmane de l’Espagne et de la colonisation française de l’Afrique fait, à elle seule, s’écrouler tout l’édifice de l’idéologie anti française. Faut-il que notre pays soit déjà gagné par le totalitarisme idéologique pour que, alors qu’il compte tant d’historiens de haut niveau, elle ne soit jamais faite.
- A propos, est-ce qu'il y a eu des pays du sud qui n'ont pas été colonisés ?
- Oui. Le Libéria, l'Ethiopie, l'Arabie. Et Haïti qui est indépendante depuis deux siècles
- Et est-ce qu'il sont plus riches et en meilleur état que les autres ?
- Bonne question. Pas du tout. le Libéria, l'Ethiopie et Haïti sont des pays parmi les plus miséreux du monde. Quant à l'Arabie si elle est moins pauvre, c'est uniquement grâce au pétrole dont elle regorge… grâce à nous, occidentaux. Et puis à supposer que la colonisation ait eu de mauvais effets sur les pays colonisés, ce n'est rien à côté des deux guerres mondiales qu'a connues l'Europe en vingt ans, qui ont fait des dizaines de millions de morts et l'ont transformée en champ de ruines. Or, quinze ans à peine après la dernière guerre, elle était redevenue une très grande Puissance économique et culturelle et cela sans pétrole ni gaz naturel. Alors la misère due à la colonisation, à d'autres ! Comme dit le philosophe : il n'y a de richesses que d'hommes.
- Tu aurais voulu que la colonisation continue ?!
- Bien sûr que non ! La colonisation, bonne ou mauvaise, était une page à tourner. J'ai toujours été favorable à l'indépendance des peuples. Je comprends parfaitement que ceux d’Afrique, ou du moins les élites africaines, car je ne pense pas qu’on ait vraiment demandé leur avis à ces peuples, aient voulu leur indépendance. Ce n’est pas une raison pour mentir sur cette période de l'histoire. En fait on la noircit pour excuser l’échec calamiteux des indépendances plutôt que de rechercher les causes de cet échec chez les Africains indépendants eux-mêmes. Ce qui n’est pas un service à rendre à ces derniers qui n’ont déjà que trop tendance à refuser de se remettre en question. On retarde d’un procès : l’Algérie, par exemple, n’a jamais été plus riche que depuis qu’elle est indépendante avec les énormes réserves de pétrole et de gaz que la France a littéralement laissées à sa disposition, sans compter de fabuleuses possibilités touristiques. Or la jeunesse algérienne ne songe qu’à quitter le pays, un pays décolonisé depuis bientôt un demi siècle. Ce n’est plus une immigration c’est un déshonorant sauve-qui-peut ! Quand on justifie, au nom de l'indépendance, les pires atrocités, et qu'au lieu d'avoir à cœur de prouver que l'on peut se passer du colonisateur on se rue chez lui, les atrocités du passé deviennent alors rétrospectivement inexcusables et n'apparaissent plus que ce qu'elles ont été : la barbarie à l'état pur et ceux qui les ont commises, des sauvages. Si en se décolonisant les peuples ont voulu plus de bien être c'est raté, et s'ils ont voulu seulement plus de dignité c'est encore plus raté.
- Alors, aujourd'hui, ce n’est pas le procès de la colonisation qu’il faudrait faire mais de la postcolonisation ?
- Exactement. Pourtant tu n’entendras jamais nos liquidateurs faire ce procès-là. C’est comme s’ils conduisaient leur voiture le regard fixé sur le rétroviseur sans chercher à voir les ornières de la route. A propos, sais-tu que la Suède, la Norvège et même le Groënland, commencent dans certaines villes, à être submergés par l’immigration africaine ?
- Non. Je ne savais pas.
- Et sais-tu que cette immigration pose dans ces pays exactement les mêmes problèmes que chez nous c’est-à-dire qu’elle se comporte de façon agressive, sans égards ni pour la population du pays d’accueil ni pour ses valeurs.
- Non, je ne savais pas non plus.
- En tous cas tu dois savoir que ni la Suède ni la Norvège ni le Groënland n’ont colonisé la moindre parcelle du continent africain ni de quelque pays que ce soit.
- Oui ça, je le savais.
- Et, là encore, quelle conclusion, d’après toi, on doit en tirer ?
Cette fois tu n’as pas besoin de réfléchir longtemps :
- Que l’histoire de l’esclavage et de la colonisation n’est bien qu’un mauvais prétexte pour excuser des comportements inexcusables.
- Et voilà. Tu commences à saisir l’ampleur et le cynisme de l’intox que l’on nous fait subir...
...Je te laisse méditer un moment sur cette remarque et puis je reprends la parole :
- Pour en terminer une fois pour toutes avec la colonisation, j’oubliais une autre justification de celle-ci que l’on passe également, bien entendu, sous silence : tu as sans doute remarqué dans le midi de la France et en Corse, que la plupart des villages au lieu d’être construits sur les plaines côtières, ce qui eût été logique, sont tous sur des hauteurs qui les dominent, à l’intérieur des terres.
- Oui.
- Tu sais pourquoi ?
- Non.
- Parce que pendant des siècles, les Musulmans du Maghreb, en particulier les Algériens, ont pratiqué la piraterie à grande échelle contre tous les bateaux européens, ont écumé les côtes méditerranéennes de l’Europe en y commettant tant de ravages, à commencer par l’enlèvement de centaines de milliers de chrétiens destinés à l’esclavage en pays musulman, que les populations ont été obligées de déserter les côtes pour s’installer sur les hauteurs. A cette époque, les Algériens vivaient presque exclusivement de piraterie et de rapines, mais faire un rapprochement culturel avec le comportement de certains de nos "jeunes" serait du plus mal venu…
Tu me regardes l'air de te demander si c'est du lard ou du cochon.
Je te laisse trancher par toi-même et poursuis :
- Il fallait faire cesser cette guerre désastreuse pour nos pays. Dès que la France a été assez forte elle s’y est employée par l’ingérence militaire suivie de la colonisation.
- Ah… je vois. J’ai aussi entendu dire qu’à partir du moment où on les avait colonisés c’était normal qu’ils nous rendent la monnaie de la pièce : qu’ils nous colonisent à leur tour.
- Retour à l’imbécile loi du Talion ? A quand le retour au lynchage tant qu’on y est ? Mais alors qu’on le dise franchement. œil pour œil, dent pour dent ? Pourquoi pas ? Chiche ! Nous aurions tout à y gagner.
- Ah, bon ? Mais…
- Tel serait pris qui croyait prendre. Combien de temps a duré la colonisation française ?
- Euh… 130 ans.
- Exact. C’est à l’échelle de ’histoire une durée très brève. Et ce n’est rien à côté des huit siècles de colonisation de l’Espagne ni, à plus forte raison, de la colonisation définitive de toute l’Afrique du nord et du Moyen-Orient. D’autre part, la population coloniale, celle issue de la « métropole », était très peu nombreuse. Dix pour cent au maximum de la population indigène et atteints seulement en Algérie. Tu vois où je veux en venir ?
- ?
- Réfléchis : dans 20 ans les Français d’origine maghrébine seront 20 pour cent de la population et présents depuis 65 ans. Il faut donc, si l’on applique la loi du talion, commencer à les préparer au retour dans leur pays. Pourtant, non seulement ils ne partiront ni dans 20 ans, ni dans 50, mais ils ne partiront plus jamais. Il s’agit, contrairement à la nôtre, d’une colonisation définitive et massive. Donc la loi du talion serait bel et bien à notre avantage. Et puis il y a une grande différence entre notre colonisation et la leur, je parle du moins pour l'Algérie, cas que je connais bien. Nos contre-colonisateurs détestent la France et les Français. Les Français d'Algérie, eux, aimaient passionnément leur pays natal et leurs sentiments pour les "indigènes" relevaient de ce paternalisme dont je t'ai parlé mais jamais ou très rarement de la haine...
Je vois que tu as du mal à suivre.
Tu m’as l’air fatiguée.
Je préfère laisser reposer tes méninges jusqu'à demain.