Chapitre I
Où l'on commence à parler des "Arabes"...
Un jour tu es revenue du collège, l’air maussade et préoccupé.
Je t’ai demandé :
- Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu t’es faite saquer par tes professeurs ?
Après avoir hésité, tu m’as répondu comme à contre cœur :
- Ce n’est pas avec les professeurs que j’ai des problèmes, mais avec les élèves.
- Ah bon ? Et lesquels ?
Tu as biaisé :
- Tu comprends, j’en ai marre d’entendre certains répéter que nous, les Français, on leur doit le respect.
J’ai réfléchi et je t’ai demandé :
- Mais qui dit ça ?
Tu m’as répondu en haussant les épaules et sur le ton de l’évidence :
- Qui ? Des Arabes.
- Ah, bon ? Et comment sais-tu qu’ils sont « arabes ».
Là tu m’as fixée, un court moment interloquée, comme si je me moquais de toi.
- Parce que… parce que je le sais ! Tout le monde le sait ! Et d’abord c’est eux qui s’en vantent tout le temps.
- Bon. Admettons. Mais, suppose que tu n’aies jamais entendu parler d’eux, est-ce que, de toi-même, toute seule, tu les aurais reconnus comme un groupe différent des autres élèves, de Corinne, de Boris, de José et de toi par exemple ?
Tu te concentres un peu avant de répondre :
- Au début, je n’ai rien remarqué, mais, petit à petit, sans m’en rendre compte, avant même que j’entende le mot « arabe », que j’y fasse attention, j’ai commencé à les repérer comme différents de nous et des autres.
- Qui « nous » ?
- Je ne sais pas… Hélène, Boris, José, Michel, Alain, moi… et même Tchang… et même Indira.
- Différents comment ?
- Euh…ben… D’abord, peu à peu, j’avais remarqué que d’une classe à l’autre, d’une année à l’autre, d’une école à l’autre, on retrouvait chez certains élèves les mêmes prénoms : Ali, Djamel, Moussa, Kamel, Mourad, Selim, Mustapha, Aladin, Mohamed, Ahmed ou Mehdi, ou d’autres qui sonnaient un peu comme ceux-là ; que leurs noms de famille commençaient assez souvent par Ben ou Abdel...
- C'est tout ?
- Oui... enfin, non. Et que, bien sûr, ceux qui les avaient, ces noms, étaient, en général, plus bronzés, plus bruns de cheveux que ceux, comme nous, qui portaient d’autres noms bien plus variés que les leurs... et qu’ils se regroupaient entre eux. Et puis j’ai découvert que ceux qui se nommaient ainsi ne mangeaient pas de porc, alors que les autres et moi nous en mangions ; qu’ils faisaient le Ramadan alors que les autres et moi ne le faisions pas, etc. etc.
Tu fais un geste vague comme pour signifier que tu en avais dit assez, mais je vois que tu n'en as pas terminé.
J'insiste :
- Et puis ?
Tu as hésité et fini par lâcher tout à trac :
- Et puis, à partir d’un certain âge, ce sont eux les plus frimeurs et ceux qui nous embêtent ou, en tous cas, qui nous embêtent le plus méchamment et nous débitent le plus d'insultes et de cochonneries.
Je remarquai que tu étais passée au présent et je sentais que, pour parler familièrement, tu en avais gros sur la patate.
Je t’ai encouragée :
- Allez, vas-y ! Vide ton sac, c’est le moment. C’est bien tout ?
- Oui… enfin, non : j’avais aussi remarqué que dès qu’un autre qu’eux leur déplaît, ils se vengent en se mettant à le frapper à dix contre un et qu’en général ils prennent plaisir à persécuter les plus faibles. Parfois, je te jure, avec leur demande continuelle de respect à sens unique ils me font irrésistiblement penser aux mafieux grotesques du film "Les affranchis". Ah, et puis quand il y en un pris la main dans le sac, même jusqu’à l’épaule, il se rebiffe toujours en disant : c’est pas moi m’sieur !
- Ils font tous pareils ?
Tu as réfléchi :
- Non, pas tous. J’en connais qui sont sympas.
- Ah, tu vois bien. Tu ne peux pas ne pas en tenir compte.
- J’essaie d’en tenir compte, figure-toi.
-Et les José, les Paul, les Alain, les Boris, ils n’en font pas autant ? Ils ne les embêtent pas, les Arabes ?
Tu protestes avec véhémence :
- Non, jamais ! On n’est pas des skinheads. Et puis même, on n’est pas assez nombreux.
- Bon, bon, ça va ! Je te crois. Ta mère et moi qui avons été professeurs dans des établissements différents à une époque où les «Arabes» comme tu dis, étaient encore minoritaires dans les classes, nous n’avons jamais vu des non arabes, nombreux ou pas, les embêter. Et pourtant nous étions tous très vigilants. D’ailleurs, de mon temps, presque tous les délégués de classe étaient des « Arabes ».
- Ah, bon ? Déjà ?
- Oui. Et je suis sûre que si tu pouvais vérifier dans les archives de ton école, tu pourrais faire la même constatation. Preuve que, à l’époque, contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, les petits français comme toi, loin d’être racistes, les avaient à la bonne puisqu'ils votaient pour eux. Ne parlons pas des professeurs qui se sont toujours défoncés pour eux, bien plus que pour n’importe quels autres élèves, ainsi que tous les acteurs sociaux, histoire de montrer à quel point ils exécraient les préjugés raciaux. Difficile de soutenir que les Arabes baignaient dans le racisme. En fait, il y en avait si peu à se mettre sous la dent, du racisme, que les antiracistes de profession ont été obligés longtemps, pour justifier leur croisade et leur salaire, de diaboliser une inoffensive et banale mesure de prévention policière, le contrôle d’identité, en le rebaptisant, quand elle concernait les jeunes arabes : « contrôle au faciès » et en le montant démesurément en épingle. D'ailleurs, je me rappelle que les sondages répétés, faits il y a trente ans, montraient, au désespoir de ces antiracistes professionnels, que la quasi majorité des immigrés affirmaient ne pas souffrir du racisme.
- Alors pourquoi s'en plaignent-ils tant aujourd'hui ?
- Parce que les antiracistes, voyant qu'ils ne pouvaient pas compter sur un racisme réel, se sont acharnés à en inventer, à en fabriquer artificiellement de toutes pièces afin de convaincre les Arabes, puisque c'est d'eux qu'il s'agissait à l'époque, qu'ils étaient vraiment victimes d'un abominable racisme. La manoeuvre a commencé, précisément, avec les contrôles dits au faciès.
- Mais pourquoi voulaient-ils à tous prix qu'il y ait du racisme en France ?
- Pour beaucoup de raisons dont il est encore trop tôt pour parler, mais j'en citerai dans l'immédiat au moins une : pour se donner de l'importance en le dénonçant. Et se poser en donneurs de leçons antiracistes, a donné d'abord du pouvoir et d'intéressantes subventions et, très vite, LE pouvoir tout court. Ensuite, je citerai ce commentaire qui n'est pas de moi mais que je fais mien : "Plus il y aura de gens payés pour percevoir du racisme et de la discrimination, plus il y aura de racisme et de discrimination. Plus il y aura d’associations subventionnées pour démontrer que des minorités sont opprimées, plus il y aura de minorités opprimées. Les associations de gémisseurs et les théoriciens du Bien inventent activement les maux qu’ils dénoncent pour obtenir le remède qu’ils souhaitent.
- Autrement dit, ces antiracistes ont intérêt à jeter de l'huile sur le feu ?
- Évidemment.
- Tu oublies les skinheads, n’empêche.